mercredi 16 novembre 2011

Le MOX au cœur de l'accord PS - écologistes sur le nucléaire

Médiapart révèle que le lobby nucléaire est intervenu dans la négociation sur le nucléaire entre socialistes et écologistes.

Il en est ressorti qu'un paragraphe de l'accord conclu a purement et simplement été enlevé du texte soumis aux instances dirigeantes du PS :



Utilisé en France depuis 1987, mais surtout développé à partir du milieu des années 1990, ce mélange d'oxydes de plutonium et d'uranium (d'où son nom – MOX) est un combustible nucléaire désormais répandu dans les centrales françaises (on en trouve dans vingt et une d'entre elles). Sa particularité est d'être fabriqué à partir d'éléments déjà utilisés dans les réacteurs, ce qui permet de «recycler» ainsi une petite partie des déchets générés par la filière. Mais c'est justement l'un des éléments «qui posent le plus de problèmes à la filière de retraitement, compte tenu de ses caractéristiques qui le rendent très dangereux», expliquait il y a quelques mois l'Autorité environnementale. Les écologistes dénoncent ses dangers pour l'environnement et pour les hommes depuis des années.

En France, deux sites se sont spécialisés dans la fabrication et le traitement du MOX: l'usine Melox sur le site de Marcoule, dans le Gard, et le centre de traitement des déchets de La Hague, dans la Manche. Tous deux appartiennent au groupe Areva, qui, mardi soir, dénonçait la mise en péril de 14.000 emplois (10.000 directs et indirects pour La Hague, 1.300 pour Marcoule). En réalité, l'usine de La Hague et les autres filiales en Basse-Normandie représentent à peine 5.000 emplois, plus environ 1.800 emplois en sous-traitants. L'usine Melox emploie environ 700 personnes.


De plus, l'utilisation de combustible MOX dans les réacteurs français arrive de toute façon à son terme : d'après l'Autorité environnementale, il ne reste plus que les tranches 3 et 4 de la centrale du Blayais à équiper. Pour sortir du MOX, il suffirait donc de progressivement remplacer ce combustible par de l'uranium, ce qui peut se faire au bout de trois ans. Par ailleurs, l'EPR permet un fonctionnement avec 30% de MOX dans le cœur, voire jusqu'à 100%. Cette caractéristique a été dénoncée par Eva Joly, mardi matin sur France Inter. Mais il peut aussi fonctionner avec de l'uranium – l'utilisation de MOX n'est pas prévue pour l'EPR finlandais.

La production mondiale de MOX est dominée à 95% par Areva, dont le premier client est EDF. Depuis 2009-2010, on en trouve dans quatre réacteurs japonais, dont les tranches 3 et 4 de la centrale de Fukushima Daiichi. Sans MOX dans les centrales françaises, cette activité d'Areva perdrait donc sa raison d'être. Elle pèse 1,7 milliard d'euros, pour un chiffre d'affaires global d'Areva de plus de 9 milliards d'euros.

Lire l'article complet dans Médiapart :

http://www.mediapart.fr/journal/france/151111/le-lobby-nucleaire-reecrit-laccord-ps-ecologistes

mardi 15 novembre 2011

De l'iode 131 en France ? Rien que de très naturel !

Mieux vaut en rire...

"Au moment où des tractations difficiles sont en cours pouvant aboutir à l'utile acceptation de l'EPR de Flamanville par le PS et les écologistes, en échange d'un accord électoral, on veut nous faire croire que la radioactivité existe encore ! C'est sans doute une manœuvre perverse des antinucléaires. Du reste tout cela est sans danger. D'ailleurs ça vient de l'est, donc les Allemands ont laissé passer ces nuages, pourtant de faible intensité, rien que pour nous déconsidérer. Même si ça venait de Fukushima, cela prouverait qu'en bout de course, il n'y a plus de risques. Enfin, c'est de l'iode 131, "dont la radioactivité diminue de moitié tous les huit jours", autant dire que très bientôt on n'en parlera même
plus. À moins que ce soit un renvoi, depuis la Corse, effectué par des indépendantistes irresponsables, malades de la thyroïde !".



Des traces d'iode 131, imputables à des rejets radioactifs, ont été détectées dans l'air en France sans toutefois présenter de risque sanitaire, annonce, mardi 15 novembre, l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). L'origine et la date des rejets à l'origine de cette pollution par l'iode 131 – un élément à la durée de vie courte dont la radioactivité diminue de moitié tous les huit jours – "sont inconnues à ce jour" mais n'auraient aucun lien avec l'accident nucléaire de Fukushima, au Japon, selon l'IRSN.

L'Institut avait été informé par ses réseaux scientifiques de la détection par plusieurs pays d'Europe centrale d'"iode 131 à l'état de traces dans l'air" et a donc lancé des analyses pour rechercher la présence éventuelle de cet élément radioactif en France, explique l'Institut dans un communiqué. Les "premiers résultats indiquent la présence de traces d'iode 131 particulaire dans l'air en France à des niveaux de concentration ne dépassant pas quelques microbecquerels par mètre cube et proches de la limite de détection des instruments de mesure", selon l'IRSN.

"Si la présence d'iode 131 dans l'air est tout à fait inhabituelle à cette échelle du territoire national, indiquant l'occurrence de rejets radioactifs anormaux dans l'atmosphère, les niveaux de concentration observés sont sans aucun risque pour la santé des populations", assure l'Institut.

Des calculs de "rétro-trajectoire" sont en cours pour tenter de retracer la provenance des masses d'air ayant transporté l'iode 131 détecté.




Le 11 novembre, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) avait fait état de la présence d'iode 131 dans l'atmosphère en République tchèque et dans d'autres pays européens à des niveaux ne présentant "aucun risque pour la santé". L'AIEA n'a pas précisé de quels autres Etats il s'agissait, mais plusieurs agences de sûreté nucléaire de pays voisins – Pologne, Autriche, Slovaquie notamment – ont, elles aussi, révélé la présence de cette substance dans l'atmosphère, toujours à des doses très faibles.

lundi 14 novembre 2011

Halte au nucléaire : L’appel des évêques du Japon

À l’issue de leur assemblée plénière, les évêques catholiques du Japon ont appelé leur gouvernement à fermer sans délai les centrales nucléaires du pays.

Lors d’une conférence de presse tenue le 10 novembre près de la cathédrale Motoderakoji de Sendai, le diocèse le plus touché par la catastrophe de Fukushima, les évêques ont présenté un document intitulé « Mettre fin à l’énergie nucléaire aujourd’hui : de la nécessité de prendre en compte la catastrophe provoquée par le tragique incident de Fukushima Daiichi ».

« Après la catastrophe de Fukushima, une réflexion s’imposait », affirme Mgr Kikuchi Isao, évêque de Niigata, dans un entretien accordé à l’agence catholique Fides. « Nous demandons à nos concitoyens de changer et de simplifier leur style de vie. La majorité de la population partage les craintes concernant les effets négatifs du nucléaire. D’autres pensent que changer la vie d’un pays dans son ensemble est impossible et que l’on ne peut donc pas arrêter les centrales. Nous avons discuté de cela entre nous, évêques ».

« Nous demandons au gouvernement d’investir davantage dans les nouvelles sources d’énergie comme l’énergie solaire. Notre document ne se veut pas politique mais plutôt de nature religieuse et sociale. Nous comptons sur le soutien des croyants de toutes les religions », conclut-il.

Oublier Fukushima, ses conséquences, les enseignements qui nous ont été fournis par la catastrophe est un crime politique que l'on commet, sans état d'âme, actuellement, en France. Pour se tenir informé consulter, régulièrement :

http://fukushima.over-blog.fr/

dimanche 13 novembre 2011

Pour Hulot, il faut dépasser le nucléaire

"Au-delà des aspects économiques, je considère qu'en l’état actuel de notre technologie, la sortie du nucléaire est un d'abord un objectif moral incontournable."

"S'accommoder des événements de Fukushima ou de Tchernobyl est incompatible avec l’idée d'une civilisation. Notre mémoire collective est désespérément courte. La situation d'effroi et de désarroi général pour ne pas dire de panique au moment de Fukushima est une démonstration suffisante en soi que nous avions dépassé toutes les limites acceptables dans la prise de risque. Personne ne peut ni ne doit effacer ces instants où la communauté scientifique et les responsables politiques étaient dans un état de quasi sidération. Ce n'est pas l’idée que je me fais du progrès. Beaucoup semble aujourd'hui oublier le point de vue des victimes et peu importe d'ailleurs leur nombre véritable. Le propre d'un accident nucléaire c'est d'être inestimable dans le temps et dans l’espace. Et là s'arrête le risque acceptable dès lors que l’on ne maîtrise ni ne mesure plus ses conséquences.

Dans la même veine, ignorer la durée de vie et la dangerosité à très long terme des déchets est incompatible avec la notion première du développement durable, puisque c'est une délégation de risque aux générations futures.




"Un débat public digne de ce nom s’impose"

Une fois cette considération posée, je me garderai bien de commenter les chiffres sur les pertes d’emploi que la sortie du nucléaire occasionnerait, tout comme je me garderai de valider sans réserve la création que le développement d'un nouveau modèle énergétique créerait. Comme citoyen profane, je ne me prononcerai pas sur le coût du démantèlement mais j’observe qu’en creux cela signifie qu'il n’a probablement pas été provisionné et que nos tarifs sont en trompe-l’œil. De la même manière, je serai curieux de connaître l’effet si l’on internalisait les conséquences des énergies non renouvelables.

En réalité, je crois qu'en l’état, personne n’a la vérité des chiffres. Une expertise indépendante et un débat public digne de ce nom s’imposent. Mais la réflexion doit se faire non seulement sur la sortie du nucléaire, mais aussi sur l'après-pétrole et sans aucune concession sur nos objectifs de réduction d'émission de gaz à effet de serre. La contrainte n’étant pas l’ennemi de la créativité au contraire, ces trois contraintes produiront à terme des sauts technologiques. A quelle échéance, évidemment impossible à dire, et la sortie du nucléaire sera le fruit d'un processus qu'il faut engager le plus tôt possible.


"L’avenir est à l’irréalisé"

Je suis convaincu que la France et l’Europe peuvent se réindustrialliser et développer un nouveau modèle économique sur : une, le développement massif des énergies renouvelables; deux, l’efficacité énergétique et toutes ses filières associées (avec un bénéfice important sur notre balance commerciale à mesure que l'on s'affranchira du gaz, du pétrole et de l'uranium) et trois, je pense que toute notre industrie automobile pourrait se reconvertir sur des véhicules probablement en fibre de carbone, aux normes de consommation, de vitesse et de pollution excessivement drastiques. Évidemment cela signifie que, dès aujourd'hui, l'on abonde la recherche dans cette voie.

La prochaine vague technologique en sera issue. Au passage les Chinois l’ont probablement compris, regardons avec quelle efficacité ils développent les énergies renouvelables. Et côté USA comme ils le disent eux-mêmes à propos de la fusion, c'est une énergie d'avenir et elle le restera. Trop conscient que les nouvelles normes de sécurité et leur coût vont changer les critères économiques.

Je rappelle aussi, puisque cela nous a visiblement échappé, que le GIEC nous a affirmé récemment que près de 80% de l’approvisionnement mondial pourrait être couvert par les énergies renouvelables. A la condition que les politiques ciblent les investissements.

Sauf à faire preuve d'un entêtement cynique, il faut sans tarder dépasser le débat sur le nucléaire et partager une vision de notre futur modèle énergétique, solidaire et économique."

Nicolas Hulot - le JDD.fr

samedi 12 novembre 2011




vendredi 11 novembre 2011

Lettre ouverte au Parti Socialiste et à Europe-Écologie Les Verts

J'ai signé cette lettre et vous encourage à le faire.
Jean-Pierre Dacheux

http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQ_qXoYWdun7WksM6F62ZQIEetxsPTtCzbMb6vE5M3KEX_8nNuROg

La sortie du nucléaire, pour moi c'est clair !

M. Hollande, Mme Joly,

Europe-Écologie Les Verts et le Parti Socialiste se sont donnés jusqu'au 19 novembre pour parvenir à un éventuel accord électoral.

Plus de 70 % des Français sont favorables à la sortie du nucléaire *

Ce n'est pourtant pas la direction dans laquelle s'engage M. Hollande. Les éléphants du PS rateront-ils l’occasion historique de rompre avec leurs positions et leur image de dinosaures pro-nucléaires ?

La candidate d'EELV cédera-t-elle au diktat atomique du PS, piétinant ainsi cette « responsabilité historique » de sortie du nucléaire dont elle s'est déclarée porteuse ?

La sortie du nucléaire est un impératif éthique et écologique, mais également une orientation économique incontournable. Pareils enjeux ne doivent pas être sacrifiés à la « cuisine » électorale des partis et aux tractations en vue des législatives, ni aux pressions de l'industrie nucléaire.

M. Hollande, vous persistez à promettre une hypocrite « réduction de la part du nucléaire ». Mais les quelques centrales dont vous concèderiez la fermeture sont celles qu’il aurait déjà fallu fermer de toute urgence du fait de leur vétusté et de leur dangerosité. Les nombreux réacteurs restants continueront à faire peser sur nous le risque d’un accident majeur.

Votre récent engagement à poursuivre le chantier du réacteur EPR de Flamanville n'est pas acceptable, d'autant moins qu'il s'agit d'une « tête de série » dont la construction annonce le renouvellement de l'ensemble du parc nucléaire français. Acceptez-vous donc l'accumulation, au cours des prochaines décennies, de milliers de tonnes de déchets nucléaires supplémentaires, qui resteront dangereux pour une durée des millions de fois plus longue que votre carrière politique ?

Comptez-vous continuer à dilapider le budget de l'État par dizaines de milliards d'euros dans le fonctionnement et la réfection du parc nucléaire actuel, dans son renouvellement et dans la recherche sur des chimères technologiques (réacteur à fusion ITER, réacteurs dits « de 4ème génération ») ?

Ou bien préférez-vous créer des centaines de milliers d'emplois en ré-orientant enfin les investissements vers les économies d'énergie et les énergies renouvelables, qui contribuent fortement au dynamisme économique de l'Allemagne et à sa résistance à la crise financière mondiale ?

J'attends d'un candidat à la présidence de la République qu'il s'engage clairement :

- Pour une sortie complète et définitive du nucléaire ;
- Pour le refus de toute nouvelle construction de réacteur et l’abandon du réacteur EPR (Flamanville, Penly)
- Pour l’arrêt des réacteurs nucléaires ayant dépassé la durée de 30 ans de fonctionnement pour laquelle ils ont été conçus ;
- Pour l'arrêt du « retraitement » des combustibles usés à La Hague, et de l'utilisation du combustible MOX ;
- Pour le gel de tous les projets d'installations d'enfouissement ou de stockage de déchets nucléaires ;
- Pour une politique énergétique ambitieuse, fondée sur la maîtrise des consommations d'énergie et sur le développement des énergies renouvelables, qui créera des centaines de milliers d'emplois comme chez nos voisins allemands, et nous aidera à sortir de la crise économique.

Pour le citoyen et potentiel électeur que je suis, vous avez le devoir d’aller au-delà des enjeux électoralistes.

Prenez la bonne décision : la sortie du nucléaire, pour moi c'est clair !

Jean-Pierre Dacheux

http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQ87A3o7mXQhLWFqCWkjF38ITlBSm_RzYshPPClsovf6YTjjRbr

* 77 % selon un sondage IFOP/Le JDD.fr, réalisé du 1er au 3 juin 2011 http://www.lejdd.fr/sondage/les-francais-pour-une-sortie-progressive-du-nucleaire-191.html

70 % selon un sondage IFOP/Europe-Écologie Les Verts, réalisé du 15 au 17 mars 2011http://www.lejdd.fr/sondage/les-francais-pour-une-sortie-progressive-du-nucleaire-191.html

et 70 % également selon un sondage Opinion Way/Alliance écologiste indépendante, réalisé les 16 et 17 mars 2011.

mercredi 9 novembre 2011

Peut-on démanteler une centrale nucléaire ?

Au moment où Henri Proglio, PDG d'EDF par la grâce du Président de la République, assène ses contre-vérités dans le quotidien Le Parisien, au premier rang desquelles se trouve l'impossibilité technique et financière de sortir du nucléaire, il y a lieu de se poser une question terrifiante : et si, effectivement, on pouvait décider de sortir du nucléaire, mais sans pouvoir le faire ? Le livre de Christine Bergé, cité plus bas, ne masque pas, les difficultés inouïes rencontrées par ceux qui ont en charge le démantèlement de Superphénix. Le nucléaire est un piège dans lequel la France ne pourra sortir sans un choix politique qui demandera courage et volonté ferme. À moins qu'un Tchernobyl à la française ne nous contraigne d'envisager, enfin, ce que nul ne veut, à gauche comme à droite !


Par Anthony Laurent (7 novembre 2011)

Que la France décide ou non de sortir du nucléaire, elle sera tôt au tard confrontée au démantèlement de ses 58 centrales vieillissantes. Une problématique que connaît bien l’anthropologue et philosophe Christine Bergé, qui a enquêté sur le chantier de déconstruction du surgénérateur Superphénix. Pour elle, démanteler une centrale, c’est entrer dans un rapport au temps particulier, où mémoire et informations se perdent face à une tâche gigantesque. Et on ne « déconstruit » pas une centrale : on enrobe, on éparpille, on disperse. Entretien.


Basta ! : Pourquoi avoir écrit Superphénix, déconstruction d’un mythe ?

Christine Bergé : C’est le premier livre qui décrit de façon tout à fait lisible, pour le grand public, le fonctionnement d’une centrale nucléaire ainsi que son démantèlement. Dans cet ouvrage, je déchiffre les aspects symboliques qui entourent ce qui était considéré à l’époque comme le plus grand surgénérateur du monde [1]. Ayant beaucoup travaillé sur la réanimation en milieu hospitalier, j’ai abordé Superphénix comme un organisme vivant que l’on accompagne en fin de vie. Quand je suis entrée pour la première fois dans les bâtiments de la centrale, j’ai tout de suite remarqué que les horloges avaient été démontées. C’était comme si la centrale somatisait. Pour les travailleurs du site, cela veut dire qu’il y a eu un arrêt du temps dans leur existence. J’ai également saisi que, pour eux, c’était douloureux d’avancer dans le temps de la déconstruction. C’était un deuil à vivre.

Quel enseignement principal tirez-vous de votre enquête ?

J’ai veillé à être extrêmement réaliste dans ma description des travaux et de la réalité vécue par les travailleurs, tout en analysant l’arrière-fond « inhumain » : avec le nucléaire, nous sommes dans des temps très longs, immémoriaux, qui sont hors de l’histoire et dépassent tout le monde. Malgré toutes les précautions prises lors de tels chantiers, le temps des radionucléides – qui peuvent durer jusqu’à plusieurs millions d’années – est ingérable. Le problème de la mémoire se pose inévitablement.

Comment se gère ce rapport au temps dans le cadre de la déconstruction d’une centrale ?

Tout est archivé, sur ordinateur ou sur papier, mais lire toutes les archives est strictement impossible. Une partie de l’information se perd. Par exemple, nous n’avons pas pu retrouver la trace de tous les architectes de Superphénix ! Or, pour la déconstruction, revoir entièrement ce qui a été fait dans le passé est une obligation. Entre la construction et la déconstruction d’une centrale, il peut s’écouler un demi-siècle. De plus, les centrales nucléaires ne sont pas conçues pour être déconstruites. Autrement dit, on déconstruit à partir de rien, on est obligé de tout inventer.

La perte de mémoire est inhérente à la déconstruction et, plus encore, au fonctionnement même des humains. Et dans l’industrie nucléaire, cela peut s’avérer dramatique. Pour Superphénix, les choses se passent relativement bien, car c’est une centrale jeune, en bonne santé et qui a très peu fonctionné. Mais la centrale de Tchernobyl ne peut pas être déconstruite. Et personne ne pourra jamais déconstruire Fukushima non plus.

En quoi Superphénix est-il un mythe ?

Le nom de Superphénix renvoie à une figure mythique : c’est l’oiseau qui renaît de ses cendres. Avec ses 1 200 MW, le surgénérateur de Creys-Malville devait être le plus puissant du monde, capable de se régénérer en permanence. Il était présenté comme le fin du fin de la technologie nucléaire. Et la déconstruction même d’une centrale est un mythe. On déconstruit mais on ne résout pas le problème de la radioactivité pour autant. Une centrale est en réalité une gigantesque poubelle dont on disperse les éléments. Du moindre gant en latex jusqu’à certains composants pouvant mesurer 15 m de long et qui ont baigné dans du sodium irradié. Tout cela ne peut pas être déconstruit. Les déchets de déconstruction sont enrobés et mis en terre ou envoyés dans des filières dédiées. Mais on ne fait qu’enrober.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué lors de vos visites de Superphénix ?

En premier lieu, le gigantisme et la beauté de la technique nucléaire, qui sont proprement fascinants. Je pense que les personnes qui y travaillent sont constamment dans un vertige de puissance. Ensuite, c’est l’extrême rigueur à laquelle sont soumis les travailleurs. Il y a une culture de la sûreté très exigeante. Mais, en réalité, on est obligé de tirer financièrement par tous les bouts : EDF fait appel à la sous-traitance, qui à son tour est mal payée, etc. Ce qui m’a frappée, c’est la disproportion entre la bonne volonté des humains et la réalité de la tâche à accomplir, qui est absolument monstrueuse.

Quelles sont les pressions exercées sur ceux qui déconstruisent ?

Il existe des pressions financières énormes au niveau des directions car le démantèlement est horriblement coûteux, et l’argent, rare. Au niveau des prestataires également, puisque sera choisi celui qui fera le meilleur travail au moindre coût. Il y a aussi une pression sur l’information : on ne peut pas tout dire. Les partisans de l’atome aiment à faire croire que le nucléaire est incompréhensible. Mais c’est faux. On veut cacher au public la compréhension de la technologie. Plus encore, on ne peut pas tout se dire. Au-delà des contraintes réglementaires, les travailleurs qui œuvrent en zone contaminée ne peuvent pas à la fois gérer le danger et accepter de prendre de la dose.

Au vu de ces constats, le nucléaire est-il selon vous une aberration dans nos sociétés ?

Absolument. On développe des techniques sans jamais mesurer leurs impacts sur les humains. Cela est vrai pour toutes les industries dangereuses. Mais, avec le nucléaire, c’est pire encore puisque les radionucléides, dont certains peuvent se révéler mortels, ont des durées de vie comparables à celle de la planète… Il est donc tout simplement impossible de les gérer. Prenons le cas du plutonium. Nous sommes en train d’en accumuler partout dans le monde, mais nous ne savons absolument pas quoi en faire. Si vous en inhalez ne serait-ce qu’un millionième de gramme, vous êtes mort. Il est important de dire que les radionucléides naturels les plus dangereux ne sont rien à côté des radioéléments fabriqués artificiellement dans les cœurs des réacteurs.

Quels sont les principaux risques nucléaires ?

Les accidents représentent la première dangerosité. Ils peuvent avoir plusieurs causes : la négligence humaine, l’attentat terroriste, la catastrophe naturelle, comme à Fukushima. Le calcul de la probabilité de survenue d’un accident nucléaire n’est en réalité que le calcul des facteurs de risque, ce qui veut donc dire que l’on ne peut pas prévoir l’accident, lequel, par définition, surviendra à un endroit et à un moment que l’on n’avait pas prévus. Le danger pour le corps humain est également gravissime. Les radionucléides pénètrent dans tous les organes. Là aussi, les institutions internationales, comme l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui marchent main dans la main, nous noient dans un océan de calculs. Après l’accident de Tchernobyl, ils ont relevé les seuils de radioactivité que les individus pouvaient recevoir. Au lieu d’admettre qu’ils ne pouvaient pas gérer la situation, ils ont augmenté les seuils de supportabilité humaine…

Et troisième risque, la contamination radioactive, chronique et accumulative. À la différence de la fumée, qui s’évapore dans l’air, la radioactivité, elle, ne disparaît jamais totalement. Elle s’éparpille. Même si l’activité nucléaire mondiale s’arrêtait aujourd’hui, nous sommes condamnés à vivre dans un environnement virtuellement mutagène. L’irradiation radioactive est une pollution. Et nous sommes dans une inertie polluante. Le véritable problème est cette acceptation de l’irradiation chronique, car on est en train de transformer la notion d’accident : il devient un simple aléa du nucléaire. On le dédramatise, à l’instar de ce qui est fait avec les effets des faibles doses. Pour preuve, on ne parle déjà plus aujourd’hui de Fukushima, alors que Tchernobyl, en son temps, était une énorme catastrophe.

Les responsables politiques français sacralisent-ils l’énergie nucléaire ?

Ce qui est sacré pour qui maîtrise l’énergie nucléaire, c’est le pouvoir qu’elle confère : les lignes de force des alliances, la potentialité de guerre, la possibilité de menacer l’autre à égalité. Ce n’est pas l’énergie nucléaire elle-même. Cette dernière, en revanche, est sacralisée par les acteurs du nucléaire – les ingénieurs des Mines, du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), des organismes de recherche sur l’atome, les militaires, etc. –, qui pensent réellement qu’on ne peut pas faire autrement. Il y a cinquante, soixante ans, régnait une grande mythologie du nucléaire. C’était l’énergie irradiante de l’avenir. Maintenant que sa dangerosité est avérée, il est forcément moins sacralisé. Le nucléaire reste néanmoins encore aujourd’hui la dragée qu’il faut porter le plus haut possible. Par conséquent, le seul argument qui rend le nucléaire si incontournable en France est l’argument de puissance.

À lire : De Christine Bergé (photographies de Jacqueline Salmon), Superphénix, déconstruction d’un mythe, Les empêcheurs de penser en rond, La Découverte, octobre 2010, 150 p., 13 euros.

[1] Superphénix est le réacteur de la centrale nucléaire de Creys-Malville, en France. Lancé par le Premier ministre Jacques Chirac en 1976, il est mis en service en 1985, et arrêté définitivement en 1998. Les travaux de démantèlement devraient durer jusqu’en 2027. Soit dix ans de construction, trente ans de déconstruction, pour une durée de vie utile de onze ans au total, en comptant les périodes d’arrêt. À lire, sur l’histoire du réacteur : Superphénix, des braises sous la cendre, Le monde diplomatique, avril 2011.

http://www.monde-diplomatique.fr/2011/04/BERGE/20399

http://www.bastamag.net/


samedi 29 octobre 2011

La notion de dissuasion du fort au faible porte en elle le crime

Le général Norlain n'est pas un pacifiste. Son analyse ne sera donc pas suspecte aux yeux de ceux qui craignent les simplifications idéologiques, voire les simplismes oublieux des réalités du monde. Mais c'est, précisément, la réalité qui nous rattrape et la France n'a ni les moyens ni le droit de s'enfermer dans des analyses militaires obsolètes. Le débat politique en tiendra-t-il compte en 2012 ? Cela dépend de nous.

L'arme nucléaire est inutile et coûteuse, par le général Bernard Norlain (Le Monde)

Les 11 et 12 octobre 1986, au sommet de Reykjavik, les présidents Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev évoquaient pour la première fois la possibilité d'une option zéro, c'est-à-dire l'élimination des armes nucléaires. Un quart de siècle plus tard, cette possibilité est devenue une nécessité, car l'arme nucléaire est inutile et coûteuse et elle représente un danger mortel pour notre survie. Arme de destruction massive, la bombe a permis pendant plus de cinquante ans le maintien d'une certaine stabilité dans le monde et nous a sans doute évité une nouvelle guerre. Le maintien de cet équilibre aura vu se déployer une course absurde à la parité numérique entre les deux principaux partenaires de cette dialectique de la terreur. Près de 70 000 armes nucléaires de tous types ont été ainsi produites. Le nombre de ces armes a diminué et se situe autour de 25 000, ce qui représente encore une capacité suffisante pour détruire la planète.

Mais cette puissance dévastatrice est-elle toujours adaptée au monde que nous connaissons et celui-ci obéit-il aux mêmes règles stratégiques que celles de la guerre froide ? La mondialisation, l'émergence de nouveaux acteurs stratégiques, dessinent un nouveau paysage stratégique. Il faut se débarrasser des stéréotypes idéologiques de la guerre froide. Face aux menaces du XXIe siècle, la pertinence stratégique de la dissuasion nucléaire paraît bien affaiblie.

De plus, est-ce l'arme nucléaire qui peut préserver et garantir notre statut de grande puissance ? Ne sommes-nous pas confrontés à de nouveaux défis qui réclament des réponses nouvelles, alors que notre réponse est une crispation sur un dogme, celui de la dissuasion, "garantie ultime de la sécurité et de l'indépendance nationale" ? Pas un discours officiel qui ne commence par une génuflexion devant l'autel de la dissuasion en ajoutant l'inévitable mantra : "On ne peut pas désinventer le nucléaire." Mais l'autel est vide et l'on continue à dépenser des milliards alors que nos armées ont d'urgents besoins. Ce n'est plus de la stratégie mais de la théologie.

Deux études américaines récentes réalisées par des instituts indépendants ont chiffré le coût des armements nucléaires dans le monde. Selon ces études, les neuf pays nucléaires dépenseront dans les dix prochaines années 1 000 milliards de dollars (714,8 milliards d'euros) pour leurs armements nucléaires. Les Etats-Unis dépensent de 34 à 61 milliards de dollars par an, la France de 4,7 à 6 milliards de dollars suivant que l'on considère les coûts directs ou indirects. Le chiffre français officiel est de 3,5 milliards par an. De plus, ces études ne prennent pas en compte toutes les dépenses de renouvellement des armements. Comment va-t-on financer les dizaines de milliards d'euros nécessaires ?

Certes, on ne peut que saluer l'excellence technologique et industrielle à laquelle la France est parvenue, seule, et qui nous donne une place dominante dans le nucléaire et dans les secteurs industriels connexes. Certes, nous devons saluer l'efficacité, le dévouement, le courage des équipages de sous-marins nucléaires lance-engins et de bombardiers stratégiques. Mais on ne doit pas se laisser prendre au piège dans un système qui se referme sur lui-même face au monde extérieur.

Enfin, cette arme est devenue trop dangereuse pour la planète. Dangereuse, elle l'a toujours été, mais dans un monde partagé en deux blocs où deux joueurs se sont affrontés de façon plutôt rationnelle. L'efficacité de ce système a été fondée sur un petit nombre d'acteurs. Mais, dans un monde ouvert où l'apparition de nouveaux acteurs stratégiques rend les règles du jeu plus complexes et fugaces, l'arme nucléaire, après avoir joué un rôle de stabilité, devient une source d'instabilité destructrice pour la planète.

Dangereuse, elle peut l'être par accident, comme l'ont montré plusieurs cas de déclenchement de tirs par erreur dans le passé ; par un attentat terroriste, compte tenu de la dissémination de matériaux sensibles et de la diffusion de technologies rustiques ; par la prolifération. Si la prolifération a été lente puisqu'on est passé de cinq pays dotés à neuf pays nucléaires, l'apparition de nouveaux acteurs, si l'on ne fait rien, conduira, pour des raisons de sécurité, ces pays à se doter d'un armement nucléaire au titre du pouvoir égalisateur de l'atome.

Il y a donc un danger à voir l'arme nucléaire se répandre et on ne peut exclure qu'elle tombe entre les mains d'acteurs non pas irrationnels mais obéissant à leur propre rationalité. Le danger est non seulement celui de la prolifération, mais il est aussi lié à la banalisation de l'arme et cela est vrai dans le cas de la France. En effet, la doctrine, ou plutôt le dogme de la dissuasion française, a été et reste encore celui du non-emploi du nucléaire. Pour répondre à la nouvelle situation stratégique, la doctrine est ainsi passée de la dissuasion "du faible au fort" à celle "du fort au faible ou au fou". Or, comme le dit le politologue Pierre Hassner, la notion de dissuasion du fort au faible conduit à une logique d'emploi et même d'emploi en premier.

Personne ne peut dire alors quelle serait la réaction en chaîne provoquée par l'utilisation de l'arme nucléaire. Compte tenu du nombre d'armes accumulées et de leur dispersion, c'est la perspective de la destruction partielle ou totale de la planète. Pour ces raisons, il n'y a pas d'autre solution que d'éliminer ces armes. Toutes les négociations sur la diminution, sur le déploiement et la mise en alerte de ces armes sont nécessaires, mais elles ne seront effectives que dans la perspective d'un objectif d'élimination complète. Après tout, cela ne serait que la mise en oeuvre de l'article VI du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.

La France est opposée à cet objectif. Elle est de ce fait isolée dans le contexte international et européen. De plus, cette crispation stérilise la pensée stratégique française. A l'abri d'une nouvelle ligne Maginot, le fameux consensus français fait de l'arme l'horizon indépassable de notre sécurité. Au moment où doit s'engager une réflexion sur notre système de sécurité, il est temps d'ouvrir le débat en acceptant de ne plus avoir de tabous et en particulier que l'arme nucléaire n'est plus l'alpha et l'oméga de notre sécurité et que notre assurance-vie peut devenir notre assurance-décès.

(*) En 1986, le sommet soviéto-américain de Reykjavik entre Mikhaïl Gorbatchev et Ronald Reagan aboutit au traité de Washington sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI), qui a pour but d'éliminer à l'échelle mondiale ce type de missiles.

Le général d'armée aérienne (2è section) Bernard Norlain préside aujourd'hui la Fondation pour les Études de Défense nationale ainsi que l'association qui édite la revue Défense nationale (http://www.defnat.com/)